REFLEXIONS APRÈS UNE SAISON

Cet été, j’ai donc enseigné le lancer à un ensemble représentatif de la population générale, du garçonnet de 10 ans à des personnes bien plus âgées, avec ou sans expérience préalable, avec l’envie de pêcher ou juste pour essayer, etc.

J’ai dû adapter mon langage à différents niveaux d’interprétation sociale, allant pour le jeune garçon à dire “la canne à moitié” tant je sentais que 45° ou même 10 heures ne semblaient pas lui parler.

Mais au bout du compte, même avec les plus zélés, il reste toujours qu’il y a deux problèmes insolubles:  la position “midi”, la canne verticale et surtout l’énergie et l’accélération entre 10h et midi. Personne ne semble capable de trouver l’énergie nécessaire pour projeter la soie par-dessus la canne. J’ai beau m’égosiller sur le bord de l’eau, les encourager avec des “pump”, des “plick” et des “splash”, rien n’y fait, cela va de la lente et molle montée à la très lente et gluante élévation du corps du petit criss. Je rigole, mais c’est quand même la vérité. Non seulement ils n’arrivent pas à s’arrêter, mais ils n’arrivent pas à accélérer. Mon dernier élève en date, a soudainement amélioré son lancer quand les truites ont commencé à montrer leurs museaux. D’un seul coup d’un seul, l’adrénaline aidant, son bras s’est mis à accélérer, puis à s’arrêter pratiquement au bon endroit et même si ce n’était pas pour les bonnes raisons puisqu’il avait finalement compris que s’il baissait trop la canne, il se prendrait dans les branches au sol derrière lui, son lancer s’est brusquement amélioré de 100%. Pour retomber aussitôt lorsque les truites se sont tues. Malgré tout j’ai bon espoir qu’il retrouve rapidement cet état de grâce.

Tout ça pour dire que je crie, je hurle, j’encourage, je manifeste, je ponctue, mais rien n’y fait, ils sont tous obligés de compenser en fouettant vers l’avant. Bien sûr toujours trop rapidement, ce qui fait que la mouche amerri au bout de la soie, “impêchable” et inopérante.

Comme je leur dit, je ne suis pas à cheval sur les moyens, tout ce qui m’importe c’est d’avoir une mouche au bout du bas de ligne dans une position propre à attirer le poisson. Ma propre joie d’attraper un saumon uniquement au bout d’un lancer parfait est beaucoup trop exigeante pour que ce soit le but de tout un chacun.

je me souviens de mon ami Jacques qui faisait essayer les cannes dans la ruelle derrière le magasin et qui montrait au client comme la canne était bonne alors qu’il pouvait faire exactement le même lancer avec n’importe laquelle et qu’on disait même qu’il aurait pu faire la même démonstration avec un manche à balai.

Malgré tout, j’ai eu de très bonnes expériences cette année. En particulier d’épouses soucieuses d’accompagner leur pêcheur en prenant plaisir de leur côté qui ont vraiment été capables de comprendre et d’assimiler la technique pour l’améliorer le temps d’un cours. Cet autre pêcheur dont je parle dans un autre texte qui a finalement compris cette idée de sortir la soie de l’eau pour améliorer son lancer de 100%. Personne, parmi les plus avancés, n’a réellement compris l’idée qu’il faut limiter le déplacement vertical du sillon pour réduire la boucle ni cette idée qu’on doit charger la canne en la poussant à l’horizontale, comme pour donner un coup de poing.

Moi j’ai bien compris que mon explication initiale que toute l’énergie est concentrée entre 10h et midi est une vue de l’esprit, mais aussi que c’est une simplification nécessaire pour essayer de limiter, sans y parvenir toutefois, les mouvements parasites.

Je ne sais pas si je referai ce genre de saison intensive, parce qu’arrivé à son terme, j’ai quand même l’impression que mon intérêt s’est émoussé à répéter tous les jours les mêmes choses avec ce sentiment que personne ne le comprend. C’est pour cela que j’écris pour essayer de mettre en forme ma propre réflexion.